Interview Biographie Bibliographie

Premières pages de La Conversation amoureuse, Alice Ferney, Actes Sud.
Reproduites avec l’aimable autorisation des éditions Actes Sud.

DÉBUT DE SOIRÉE

Un couple de futurs amants marchait, au milieu de la chaussée, dans une rue piétonne, un peu avant l’heure du dîner. Les couleurs du soir tenaient la ville dans un feu. Sous le fléchissement du soleil, les grands immeubles anciens étaient splendides, les pierres de leurs façades orange comme du fer chauffé. Des jeunes gens, agglutinés par grappes, flânaient, bavardaient et riaient, se courtisaient. Il restait à cet ancien quartier des facultés quelque chose de festif et d’insouciant. Le mois de juin était beau et la chaleur de la journée appesantissait encore l’air. La femme portait une robe légère et peu décolletée, dont l’encolure disparaissait sous la mousseline de l’écharpe jaune autour de son cou. Sa silhouette et sa démarche indiquaient, avant que ne le fît son visage, qu’elle était une jeune femme ; et autre chose en elle, une aisance, une fluidité, révélait qu’elle n’était plus une jeune fille. Elle avait perdu la gaucherie, cet effarouchement intérieur qui désigne et protège, comme un sceau, la virginité. A la place de quoi, un plaisir que d’évidence elle prenait à être coquette annonçait qu’elle était une femme qui se tient du côté des hommes. Celui qui l’accompagnait était passé déjà par cet âge incandescent et parvenait à ce moment de la vie où c’est d’abord la jeunesse que l’on remarque, pour vraiment l’admirer, chez ceux qui sont venus sur terre après vous. Lui-même portait quarante-neuf ans, des cheveux encore blonds et drus, mais des traits qui commençaient à fondre. Il n’était pas beau et ne cherchait pas à le paraître. Ce fait n’était pas un détail : il témoignait combien cet homme avait confiance en lui. Il était vêtu sans attention particulière, d’un costume clair, d’une chemise blanche boutonnée jusque sous le nœud d’une cravate dépourvue de fantaisie. L’ensemble était froissé, il avait dû transpirer, les brefs élans de la brise qui cherchait des chemins dans la ville ne déplaçaient que des masses d’air chauffé par l’asphalte. On pouvait ainsi deviner qu’il n’était pas retourné chez lui se changer avant ce rendez-vous, contrairement à sa compagne qui avait dû s’apprêter assez longuement. On savait aussi que ce rendez-vous n’était pas professionnel, ni davantage l’issue familiale de sa journée, mais une rencontre galante. Et tout cela, on le comprenait d’emblée en les voyant ensemble.

Ils semblaient enchaîner les pas d’une danse enlevée, marchant vite comme s’ils étaient pressés. Ils ne l’étaient pas le moins du monde. L’envie de sortir de cette foule était ce qui hâtait leur train. Ils se côtoyaient, se séparaient, se retrouvaient, se quittaient de nouveau, allant et venant afin d’avancer dans l’affluence des passants. Lorsqu’ils se trouvaient d’un côté et d’un autre, lui accélérait le pas pour la rejoindre et ne la quittait pas des yeux, elle, comme s’il n’existait plus et qu’elle eût été seule à s’amuser, gambadait sur le rebord du trottoir, sautillant entre les groupes d’inconnus, à la manière d’une biche, et balançant un minuscule sac à main au bout de son bras. Personne alors n’aurait pu penser que cette allure désinvolte était le déguisement d’une crispation, l’expression gracieuse d’un tremblement intérieur. Elle avait terriblement envie de plaire ! Et, comme cela arrive souvent, cette faim féminine escamotait son assurance.

VENDREDI 16 MARS
SAMEDI 17 MARS
DIMANCHE 18 MARS
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MARDI 20 MARS
MERCREDI 21 MARS


Alice Ferney

La force de l'introspection…
  
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