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Plus que tout autre pays européen, l'Allemagne des salles obscures se confond avec les aléas politiques de son histoire. Douze ans de nazisme ont quelque peu appauvri un patrimoine qui aurait logiquement dû être aujourd'hui l'un des plus prestigieux du monde. De l'expressionnisme de Murnau à l'existentialisme de Wim Wenders, itinéraire d'un cinéma durement éprouvé
Tandis
que sous la République de Weimar, le parti national-socialiste
prend de l'ampleur, le cinéma allemand entre dans l'ère
du parlant. Les crimes sexuels qui sévissent dans la production
cinématographique de l'époque sont révélateurs
de l'ambiance malsaine qui règne alors dans le pays. Ils sont
à l'honneur dans les légendaires L'Ange bleu
de Joseph von Sternberg avec Marlène Dietrich et Emil Jannings
(1930), et M, le maudit de Fritz Lang qui évoquait les
dangers du nazisme un an plus tard. Après
la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne brisée panse ses plaies
et l'industrie cinématographique est anéantie. Quelques
réalisateurs vont péniblement émerger, signant
principalement des drames de guerre. Les principaux restent Helmut
Kautner, Slatan Rudov et Wolfgang Staudte, qui devient le dénonciateur
de la mauvaise conscience intellectuelle de l'Allemagne de l'époque.
L'acteur Peter Lorre signe son unique réalisation en 1951 :
intitulé Un homme perdu, son long-métrage est
le portrait magnifique d'un pays dévasté. Il faudra
attendre le milieu des années 60 avec Volker Schlöndorff
(et son film Le Désarroi de l'élève Törless)
et le début des années 70 pour que le cinéma
renaisse de ces cendres, se dérobant à la domination
culturelle américaine. Werner Herzog réalise en 1973
Aguirre, la colère de Dieu, tandis que Rainer Werner
Fassbinder (probablement le plus important réalisateur de l'après-guerre)
met en scène Tous les autres s'appellent Ali. En l'espace
de dix ans, Fassbinder signera une vingtaine d'uvres diverses
et variées, toutes nimbées d'amertume. Si
beaucoup de réalisateurs allemands confirmés partent
aujourd'hui pour les Etats-Unis, comme Wolfgang Petersen (du Bateau
à En pleine tempête) ou Roland Emmerich, le cinéma
germanique, hanté par son douloureux passé, est également
l'héritier d'une tradition culturelle unique qui lui permettra
sans aucun doute de se construire une nouvelle identité. Laissons-lui
juste un peu de temps
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