La scène allemande : de la musique répétitive à la techno.

Tout le monde ne le sait pas : ce sont les travaux de cerveaux allemands qui ont permis à la musique électronique actuelle d'exister. Un homme, Karl Heinz Stockhausen, est notamment à l'origine de ce mouvement révolutionnaire. Dès 1965, le célèbre compositeur de musique contemporaine ouvre une brèche vers un monde nouveau, dans laquelle ses jeunes émules ne vont pas tarder à s'engouffrer.
Sous la bannière du Krautrock, ils mêlent électro-acoustique, binaire psychédélique et longues plages bruitistes. Can, le groupe majeur du genre, définit en 1969 les prémisses de la techno sur un morceau de vingt minutes intitulé Yoo Do Right.
Dans un registre plus fracassé, Neu préfigure le rock industriel. Faust déstructure les formats à tout va tandis qu'à l'opposé, Popol Vuh s'exprime déjà en langage new age.
Peu après, le très contemplatif et influent Klaus Schulze lance un nouveau courant qu'il baptise Kosmische Musik.

Ses anciens compagnons, Tangerine Dream, tirent profit de cette invention et deviennent les vedettes internationales de la musique planante germanique.
Au début des années 70, Ralph Hütter et Florian Schneider s'enferment dans un laboratoire et donnent naissance à Kraftwerk. À force d'expérimentations, ils finissent par mettre au point le principe fondamental de cette musique robotique que le monde entier identifiera sous le nom de techno. À l'époque, les deux hommes, rigoureux et provocateurs, choisissent l'appellation Industrielle Volksmusic et vont produire quantité de succès grand public, parmi lesquels, Tour de France. Leur influence se fait sentir jusque chez les tribus post-punk.
Issus de la même ville, Düsseldorf, le groupe D.A.F préfère les synthétiseurs aux guitares et perpétue, à sa manière, le style de ses aînés au sein de circuits plus souterrains.
Au milieu des années 80, la scène électronique germanique bat sérieusement de l'aile. Il faut attendre des événements comme la Love Parade, en 1991, pour qu'elle refasse surface. Sous l'impulsion de DJ plutôt furieux, l'Allemagne devient rapidement la deuxième place forte de la techno en terme de ventes de disque.
En 1993, les activistes basés à Berlin redonnent de la vigueur à la scène alternative en réactualisant les travaux de Can et de Neu ! Le duo Air Liquide n'hésite pas s'inspirer des rythmes venus des Etats-Unis tels que le hip-hop et la house. Plus novateur encore, Mouse On Mars joue les extraterrestres. Éprouvant les limites de la techno, le groupe refuse de se soumettre à la dictature du rythme et bâtit de complexes échafaudages harmoniques, réussissant à créer un son unique (l'album « Niun Niggung »).
Kreidler, un duo qui scelle l'union des deux centres névralgiques de la scène électronique allemande (Düsseldorf et Cologne), définit ce que l'on appelle aujourd'hui l'école berlinoise. Ce terme générique traduit mal une réalité fort différente. Très disparate, on ne peut réduire cette chapelle à un seul style et ses membres, souvent sociétaires du label Studio !K7, viennent des quatre coins du pays et même d'ailleurs. Les plus connus d'entre eux, Kruder et Dorfmeister, sont d'ailleurs retournés à Vienne, où ils sont les discrets leaders d'une scène plus rêveuse, aujourd'hui réputée dans le monde entier.

Discographie sélective :

Can « Tago Mago »
Klaus Schulze « Irrlicht »
Faust « 71 minutes de 1971 à 1975 »
Tangerine Dream « Rubycon »
Ash Ra Tempel « Seven Up »
Kraftwerk « Trans Europe Express »
DAF « Alles ist gut »
Mouse On Mars « Niun Niggung »

 

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