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Premières pages
de Devine
ce que je vois, Birgit Vanderbeke, Editions Stock.
Reproduites avec l’aimable autorisation des éditions Stock.
On peut tout simplement
partir, pensais-je. Soit on part un petit peu, soit on part pour de
bon, soit on reste.
René était parti pour New York. Evidemment, il reviendrait, mais cela
pourrait prendre du temps.
On peut rester, aussi, et, tout en restant, penser : un jour je partirai
tout simplement, et pendant qu'on pense cela, on reste et on attend,
jusqu'à ce que René revienne et, un jour, on est resté et pas parti
du tout, ni un peu ni pour de bon. Alors on est triste et on dit :
mais où est donc passée la vie.
D'abord, je suis restée et j'ai pensé, un jour je partirai, pendant
ce temps l'enfant a grandi de plus en plus et j'étais toujours là
et, un jour,
j'ai pensé, si tu ne pars pas bientôt, tu vas peut-être finir par
rester, et après tu seras triste, alors je suis partie, et tout le
monde est resté où il était. Je suis d'abord partie un peu, et je
me suis rendu compte qu'un peu, c'est déjà trop mais pas encore assez.
Partir un peu, c'est trop pour rebrousser chemin et revenir, mais
on n'est pas encore parti pour de bon, il y a de nouveau une rue Gustav-Heinemann
et une place Adenauer, il y a de nouveau des institutrices qui s'appellent
Gaby et qui achètent du son de blé et du lait cru à la boutique diététique,
et des légumes non traités au marché et, de nouveau, le facteur trouve
que quatre étages, c'est trop haut, et il préfère mettre un papier
« destinataire absent » dans la boîte aux lettres,
envoi recommandé, prière de le retirer au bureau de poste aujourd'hui,
mais pas avant quatre heures, et les gens disent : on n'ose même plus
prendre le métro et aller au parking, la nuit, après le cinéma, pour
une femme, c'est très dangereux ; les voisins sonnent et disent, votre
clé est sur la porte et, quand on leur répond qu'il n'y a pas de problème,
ils disent, mais vous n'avez pas peur ; et c'est comme si on n'était
jamais parti même si les choses ont changé légèrement d'aspect et
que des bus à deux étages circulent.
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