Premières pages de Devine ce que je vois, Birgit Vanderbeke, Editions Stock.
Reproduites avec l’aimable autorisation des éditions Stock.

On peut tout simplement partir, pensais-je. Soit on part un petit peu, soit on part pour de bon, soit on reste.
René était parti pour New York. Evidemment, il reviendrait, mais cela pourrait prendre du temps.
On peut rester, aussi, et, tout en restant, penser : un jour je partirai tout simplement, et pendant qu'on pense cela, on reste et on attend, jusqu'à ce que René revienne et, un jour, on est resté et pas parti du tout, ni un peu ni pour de bon. Alors on est triste et on dit : mais où est donc passée la vie.
D'abord, je suis restée et j'ai pensé, un jour je partirai, pendant ce temps l'enfant a grandi de plus en plus et j'étais toujours là et,
un jour, j'ai pensé, si tu ne pars pas bientôt, tu vas peut-être finir par rester, et après tu seras triste, alors je suis partie, et tout le monde est resté où il était. Je suis d'abord partie un peu, et je me suis rendu compte qu'un peu, c'est déjà trop mais pas encore assez. Partir un peu, c'est trop pour rebrousser chemin et revenir, mais on n'est pas encore parti pour de bon, il y a de nouveau une rue Gustav-Heinemann et une place Adenauer, il y a de nouveau des institutrices qui s'appellent Gaby et qui achètent du son de blé et du lait cru à la boutique diététique, et des légumes non traités au marché et, de nouveau, le facteur trouve que quatre étages, c'est trop haut, et il préfère mettre un papier « destinataire absent » dans la boîte aux lettres, envoi recommandé, prière de le retirer au bureau de poste aujourd'hui, mais pas avant quatre heures, et les gens disent : on n'ose même plus prendre le métro et aller au parking, la nuit, après le cinéma, pour une femme, c'est très dangereux ; les voisins sonnent et disent, votre clé est sur la porte et, quand on leur répond qu'il n'y a pas de problème, ils disent, mais vous n'avez pas peur ; et c'est comme si on n'était jamais parti même si les choses ont changé légèrement d'aspect et que des bus à deux étages circulent.

VENDREDI 16 MARS
SAMEDI 17 MARS
DIMANCHE 18 MARS
LUNDI 19 MARS
MARDI 20 MARS
MERCREDI 21 MARS


Birgit Vanderbeke


« Quand Birgit Vanderbeke inspecte le linge sale de la famille… »

© Isolde Ohlbaum

 
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