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Pour
ce petit guide de survie en famille, Catherine Cusset passe au crible
toutes les lâchetés, les douces folies, mais aussi tous les petits
moments de gloire de ces héros du quotidien. Et, pour trouver la clé
de l’énigme, cherchez la mère !
Fnac.net
: Votre livre est dédié à vos parents et à votre fille. Sa naissance
vous a-t-elle donné envie de tisser des liens dans la chaîne des générations
en brossant ce tableau familial ?
Catherine Cusset : Ma dédicace tisse en effet ce lien. Mais j’ai écrit
il y a plus de quatre ans la première version de mon livre, bien avant
d’avoir un enfant. Le livre est né d’une interrogation : qu’hérite-t-on
de ses parents ?
Même
si vous consacrez le premier chapitre au père, La Haine de la famille
n’est-elle pas avant tout une histoire de femmes ?
Bien sûr. Le personnage principal, c’est la mère. C’est elle qui a
« la haine de la famille ». Mère paradoxale qui a fait quatre
enfants et qui déteste la famille, qui a une vie archi-active et qui
la juge nulle et ratée... Le livre est construit autour de cette mère
et de ses rapports à son mari, à ses enfants et surtout à ses filles,
à son travail et à sa propre mère.
Que
se transmettent ces trois générations de femmes ?
Surtout une énergie, de la passion. Et pour la mère, Elvire, et sa
fille Anne : un grain de folie !
Pensez-vous que les relations entre les filles et les mères soient
inexorablement passionnelles ?
Dans mon livre elles le sont, oui, mais peut-être pas inexorablement.
Je pense que le moteur, c’est la culpabilité. Tant qu’on ne sort pas
de la culpabilité, on reste dans un rapport à la fois fusionnel et
passionnel à sa mère. C’est le cas, par exemple, d’Elvire et de sa
mère. Tandis que les filles, dans La Haine de la famille, arrivent,
chacune à leur manière, à briser ce cercle infernal.
La
description des dernières années de la grand-mère et du terrible manque
affectif dont elle a souffert alors est-elle aussi pour la narratrice
une façon de la retenir encore un peu, de se déculpabiliser ?
Oui, ce dernier chapitre constitue une sorte de tombeau à la grand-mère.
Par compassion plus que culpabilité. J’ai voulu terminer sur ces scènes
terribles de l’hôpital, sur le désarroi de la vieillesse, de l’impotence
et de l’incontinence. Parce que c’est pour moi l’image du désespoir
affectif humain.
Vos
personnages semblent avoir pour point commun de ne guère s’aimer eux-mêmes.
Je n’ai jamais trouvé très intéressants les gens qui s’aimaient beaucoup
eux-mêmes.
Vous décrivez avec beaucoup de réalisme le désamour des hommes
pour le corps des femmes. La disparition du désir de Patrick pour
Anne suffit-elle à expliquer l'histoire un peu mélodramatique de la
fille aînée de la famille ?
La disparition du désir de Patrick explique qu'Anne l'ait trompé pendant
leur mariage. D'un autre côté, on comprend que l'infidélité d'Anne
rende Patrick fou de jalousie. Il n'y a pas une seule explication.
J'ai multiplié les points de vue et chacun propose son interprétation.
Si quelque chose « explique » l'histoire d'Anne, c'est plutôt
son rapport à sa mère, fait de confrontation et de rejet mêlés. Et,
dans son histoire propre, la mort de son bébé quand elle avait vingt-deux
ans.
Vous jouez avec art de l'ambiguïté entre écriture romanesque et
autobiographique. Peut-on réellement parler de « roman » ?
Un « roman » désigne pour moi un ensemble narratif cohérent
dont l'intérêt est intrinsèque et pas lié à l'identité des personnes
dont on raconte l'histoire. « Roman», donc, parce que ce livre
certes autofictif, inspiré de ma famille, est avant tout un livre
sur « la » famille, sur les conflits familiaux et la chaîne
des générations.
Comment vos proches ont-ils réagi en lisant La Haine de la famille ?
Avec humour et générosité. Ils l'ont lu bien avant publication. Je
n'aurais pas publié le livre si mes parents s'y étaient opposés.
Propos
recueillis par Nelly Bétaille le 7 février 2001.
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