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La Correspondante
est son quinzième livre, sûrement le plus abouti. Rencontre avec un
écrivain, qui pour la première fois, s’est mis en scène dans un de
ses romans.
Fnac.Net :
Le narrateur de votre roman porte votre nom, jusqu’à quel point peut-on
raconter sa vie et dire la vérité dans un livre ?
E.H. : Je ne sais pas, certains comme Dubrowski vont très loin, c’est
une question à l’infini. Là, j’ai l’impression d’avoir un peu parlé
de moi quand même. Le narrateur me ressemble en bien des points. Une
fiction réussie, c’est peut-être ce qui donne au finish l’impression
d’un récit.
Pourtant on
ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit d’un roman ou d’un extrait
d’autobiographie…
E.H. : Non, c’est un roman à part entière, je me suis investi comme
je ne l’avais jamais fait. L’écrivain porte mon nom parce que des
choses n’appartiennent qu’à moi, comme cette espèce de bêtise alliée
au sens de la décision. Quand on écrit, des personnages vous apparaissent
totalement. Pour le personnage de l’écrivain, je ne voyais que moi
à cerner, à ciseler, alors je m’en suis servi.
Votre écriture
est pudique et vous exposez votre famille, avez-vous hésité ?
E.H. : Je le dis en toutes lettres dans mon livre, j’éprouve honte
et vergogne mais je le fais. Je suis là, personne ne peut les toucher.
Vous avez reçu
beaucoup de lettres de lectrices ?
E.H. : Oui, ce serait même un condensé, mais aucune lettre n’est recopiée,
l’écrivain a pris la place de la correspondante. Des bouts de choses
appartiennent à des correspondantes, mais aucune ne peut se croire
unique, même si elles sont uniques dans leur genre. Toute vanité d’auteur
mise au boisseau, il y a des traqueuses. L’écrit engendre de curieuses
réactions, surtout féminines. Les correspondants hommes, des écrivains,
même quand ils écrivent depuis 10 ans, c’est toujours plus net et
plus franc.
La Geneviève
du roman n’est pas une traqueuse, mais elle veut des preuves qu’elle
est mêlée à l’histoire de l’écrivain. Geneviève, la correspondante,
a presque 50 ans, c’est un hymne aux femmes de cet âge dans une époque
qui encense les lolitas ?
E.H : Le mot hymne, ça fait un peu tambour et trompette ! Certaines
sont merveilleuses, pour peu qu’on ait un œil aiguisé et sans aller
jusqu’au syndrome Harold et Maude. Une femme de 50 ans croit
que c’est fini, sexuellement et passionnément, et tout à coup ça repart
avec violence qui les révèle, sans mensonge, sans tromperie, sans
duplicité. C’est très bien dit dans 24 heures de la vie d’une femme
de Stefan Zweig.
Croyez-vous
qu’il est possible de tomber amoureux de quelqu’un qu’on n’a jamais
vu ?
E.H. : Oui, les lettres de taulard m’on toujours sidéré. Des femmes
écrivent à des taulards et des taulards écrivent à des femmes et ils
se marient en prison.
Avec votre
roman, vous n’avez pas peur de stimuler celles que vous appelez les
traqueuses ?
E.H. : Non, je n’y pense pas, je crois que ce sera le contraire, elles
vont se dire « surtout je n’écris pas ».
Interview publiée par fnac.net le 13/09/2000
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