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La
Convocation
Herta Müller
Métailié
A la suite
d'une tentative désespérée de fuir la dictature roumaine, une femme
est régulièrement convoquée au bureau de la Securitate (la
police politique de Ceausescu). Un roman introspectif lancinant, sur
l'horreur politique au quotidien.
Ce matin, elle
était réveillée avant que le jour ne devienne gris. Elle a d'abord
posé le pied droit par terre en se levant. Puis elle a mis son corsage
vert avant de manger une noix pour soigner ses nerfs. « Pourquoi
êtes-vous à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer »,
dit le commandant Albu.
Comme à chaque
convocation, il lui fera un baisemain appuyé et humiliant, un baisemain
qui écrase les doigts et y laisse des traces baveuses. Pendant l'interrogatoire,
elle tripotera, avec une tranquillité apparente, le gros bouton de
nacre du corset vert.
Dans le tramway qui la conduit au bureau de la Securitate,
elle pense à sa vie, à toutes ces vies pourries par la peur et le
mensonge. À cette ville où tout s'achète au marché noir, où les hommes
noient leur désespoir dans l'eau-de-vie et où la beauté est interdite.
Elle revoit la violence qui a clos son premier mariage. Puis la tentative
stupide et désespérée qui lui a valu d'être convoquée, de plus en
plus souvent. Elle avait décidé d'épouser un étranger pour pouvoir
partir. Dans les poches des pantalons de luxe qu'elle fabriquait pour
les Italiens, elle avait glissé des messages, avec son nom et son
adresse : « Ti aspetto » (Je t'attends)… Mais désormais,
qui l'attend, sinon le commandant Albu, ce matin, à dix heures précises ?
Herta Müller (Prix Heinrich von Kleist 1994) est née en Roumanie.
Dans un style haché qui confine à une certaine poésie, elle transmet
le cauchemar de l'horreur politique au quotidien, et la peur lancinante
qu'elle engendre. Sa narratrice nous entraîne à travers les méandres
de sa pensée, dans une lutte jamais achevée contre la folie et le
désespoir.
Un roman fort et intense, qui rend palpable la perversité de la dictature.
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