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À trente ans,
Judith Hermann fait partie de la nouvelle génération d'auteurs berlinois
qui occupent le devant de la scène littéraire allemande. Le public
français va la découvrir à l'occasion de la traduction d'un recueil
de neuf nouvelles au titre énigmatique, Maison d'été, plus tard,
qui a rencontré un très grand succès outre-Rhin et qui dit de manière
subtile (et un brin ironique) le perpétuel écart qui existe entre
l'idée de bonheur et sa réalisation effective. Le présent serait-il
la source d'une profonde insatisfaction, en constante inadéquation
avec le Désir et la réalisation de soi ? Certainement. Ce qui nous
vaut une voix complexe, à la tonalité mélancolique mais jamais triste
et même souvent joviale, qui s'intéresse au quotidien et aux choses
simples de la vie une rencontre, une fuite, un peur, une
envie dans un cadre plutôt urbain, de Berlin à New York.
La grande question de Judith Hermann est peut-être ainsi celle du
Temps, en rapport avec la perte, avec le sentiment de l'échec et la
musique ténue de l'éphémère, bref, en rapport avec ces choses à côté
desquelles on passe et qu'on ne comprend vraiment que dans l'après-coup
de leur évanouissement...
Cité en exergue du livre, le chanteur américain Tom Waits dira tout
cela mieux que nous : « The doctor say, I'll be
all right but I'm feelin' blue. »
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