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Mélancolie,
quand tu nous tiens !
Judith Hermann,
tout juste trente ans et un charme de femme fatale qui a dû
faire chavirer bien des curs, appartient à la nouvelle
génération d'auteurs berlinois. Elle est présente
à Paris pour le Salon du livre 2001 à l'occasion de
la sortie française de Maison d'été, plus
tard, un recueil de nouvelles paru en 1998 en Allemagne où
il a connu un très grand retentissement. Au rendez-vous des
histoires de Judith, du blues, une mélancolie tenace, des désirs
qui se frôlent sans jamais s'atteindre, des îles où
l'ouragan menace mais ne vient jamais, un sentiment d'absence au temps
historique et beaucoup de cigarettes fumées.
On peut vous l'assurer, si la mélancolie, c'est bien le bonheur
d'être triste, alors soyons tristes avec Judith, ça nous
rendra heureux !
Fnac.net : Pourquoi avoir commencé par publier des nouvelles
? Qu'est-ce qui vous plaît dans l'écriture de textes
courts ?
Judith Hermann : Quand j'ai commencé à écrire,
je ne savais pas où j'allais véritablement. J'ai fixé
quelques mots et, à un moment donné, le texte que j'ai
commencé à écrire m'a prise par la main et s'est
terminé au bout d'une vingtaine de pages... Une nouvelle était
née. Le même processus s'est répété
pour l'écriture des autres textes de ce recueil. Peut-être
ai-je été quand même influencée par les
nouvellistes américains, je ne sais pas... En tout cas, mon
éditeur pensait que c'était un prélude à
l'écriture d'un roman, une sorte d'apprentissage. Mais non,
je prépare un autre recueil de nouvelles en ce moment, c'est
donc bien ma forme d'expression !
Vos textes ont une beauté mélancolique. Vous êtes
plutôt blues, du côté de Tom Waits que vous citez
en exergue de votre recueil, ou plutôt spleen, le spleen étant
une forme plus littéraire de la mélancolie ?
(Rires) Je suis quand même plutôt blues !
En fait, j'aime le lyrisme de la langue et la musique est très
importante pour moi et pour ce que j'ai envie de faire, c'est-à-dire
saisir des situations, des moments, des états, des émotions
à partir de simples descriptions susceptibles de les évoquer
Je suis très sensible au rythme des phrases et à ce
que le rythme parvient à dire.
La question
du temps chez vous est liée à celle du désir,
toujours différé dans sa réalisation et finalement
toujours promis à un certain échec. Y-a-t-il une inédaquation
fondamentale entre le Désir et le Réel ?
Pour moi, et c'est la même chose pour les personnages de
mes nouvelles, dès l'instant où l'on décide quelque
chose, c'est déjà la fin. Lorsqu'on reste dans l'indécision,
lorsqu'on diffère une décision, on peut effectivement
raisonner dans un temps suspendu. C'est le temps que l'on trouve dans
mes nouvelles. C'est l'espace où se déploient mes personnages
Je crois que tout est finalement une question d'indécision.
D'un côté on a le désir de vivre une histoire,
de l'autre, on se dérobe à ce désir. Tous mes
personnages, de façon consciente et volontaire, aiment stagner
dans ces espaces vides, ce qui est aussi une sorte de protection par
rapport à la perte ou à la douleur dont on veut se protéger.
Le temps historique
ne concerne pas vraiment vos personnages, qui en semblent absents,
qui vivent dans une sorte de no man's land idéologique.
Je pense que c'est dû au fait que Maison d'été,
plus tard est une première uvre et que je l'ai écrit
plongée dans un microcosme qui n'était pas politisé
ou socialement engagé. Je pense d'ailleurs que mes futurs textes
seront dans cette veine. Il y a de nombreux jeunes auteurs allemands
présents au salon, et nombre d'entre eux ne font pas du passé
et de la politique le centre de leurs romans. C'est un trait caractéristique
des jeunes auteurs allemands.
Dans vos textes,
les désirs de vos personnages se frôlent sans jamais
vraiment se rencontrer. On trouve également chez vous une autre
catégorie de personnages, très marginalisés ou
proches de la déchéance. Est-ce un constat puisé
dans votre entourage ?
Je ne peux prendre comme sujet que ce que je connais. Donc l'échec
que vous percevez est en un sens mon échec personnel que j'ai
intégré dans ces histoires. Mais pour moi, mes personnages
ne connaissent pas vraiment d'échec
Ils sortent de l'histoire
avec autre chose, par exemple la musique dans « Hunter Thompson
». Effectivement, leurs désirs se sont frôlés,
mais pour eux, ce n'est pas un échec, c'est plus le bénéfice
d'une expérience et d'une transformation.
Ouragan
est une nouvelle très réussie. Peut-on y sentir l'influence
discrète de Malcom Lowry ?
J'aime beaucoup Malcom Lowry. De manière inconsciente peut-être.
Mais il ne me viendrait pas immédiatement à l'esprit,
du moins pas plus qu'un autre auteur. En fait, j'ai du mal à
me trouver des influences littéraires immédiates. Les
livres qu'on lit passent en vous, on s'en imprègne mais il
m'est difficile de parler de référence explicite.
La cigarette
est souvent le meilleur ami de vos personnages
(Rires) La cigarette, la cigarette... C'est le meilleur ami
de celui qui écrit !
Vous avez vendu
150 000 livres en Allemagne. Est-ce que l'argent et le succès,
ça ne paralyse pas un peu pour écrire ?
Cet argent, c'était inespéré ! Et en même
temps, j'ai un peu de difficulté à le gérer,
car ça enlève tout l'inattendu et le provisoire de mes
jours
Alors que c'est justement tout ce qu'il y avait de provisoire
dans ma vie qui m'a permis d'écrire des histoires !
De la même
manière, savoir que vous avez touché autant de gens,
et donc que votre recueil a cristallisé une sorte d'inconscient
social pour que les lecteurs s'y reconnaissent, est-ce que ça
ne fait pas un peu peur ?
Oui, tout à fait. Ça fait même très
peur. Il y a même une lectrice qui m'a dit qu'une de mes nouvelles
racontait son existence à l'identique. Dans ces situtations-là
Propos recueillis
par Frédéric Ciriez
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