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Avec Persepolis,
Marjane Satrapi a réalisé la première bande dessinée iranienne de
l’histoire. Rencontre avec une dessinatrice qui va puiser très loin
dans ses souvenirs pour mieux nous faire comprendre la réalité d’un
pays, l’Iran.
Fnac.Net :
Vous aviez prévu dès le départ de raconter votre histoire sous forme
d’une bande dessinée ?
Marjane Satrapi : J’avais envie de raconter tout ça. Mais à l’origine,
je ne pensais pas du tout à la bande dessinée... C’est une forme de
narration très particulière, et je ne connaissais pas les codes du
genre : je suis issue d’une culture qui ignore complètement la BD.
Et puis je suis paresseuse… Et la bande dessinée est un travail de
longue haleine ! C’est très différent de l’illustration. Quand vous
avez terminé vos illustrations, le livre est fini. Tandis qu’en BD,
avec la même quantité de dessins, vous n’avez qu’une seule page !
Aviez-vous
des préjugés à l’encontre de ce moyen d’expression ?
Ah non, pas du tout ! J’avais lu les livres de mes amis de l’Atelier
des Vosges, à Paris : David B., Christophe Blain, Joann Sfar, Emmanuel
Guibert… Et je trouvais leurs histoires excellentes. On peut dire
énormément de choses avec la bande dessinée. Mais je crois que le
genre est assez mal utilisé : on y trouve beaucoup d’histoires d’aventure
qui racontent toujours la même chose, avec un humour souvent lourd…
Mais la situation est la même dans le cinéma ou la télévision.
Quelle était
votre culture en matière de BD à votre arrivée en France ?
J’avais lu Astérix en persan. Mais les jeux de mots et
les références culturelles ne résistent pas toujours à la traduction.
Et un enfant iranien ne peut s’identifier à rien dans Astérix.
Tintin est un peu plus accessible : c’est un aventurier,
il voyage dans tous les pays du monde… Mais je ne l’aimais pas ! Il
n’y avait pas de filles dans ses aventures. Et je le trouvais moche…
Avec Persepolis, j’ai réalisé la toute première BD iranienne.
Nous avons de très bons cinéastes, d’excellents caricaturistes et
dessinateurs de presse, mais pas de bande dessinée.
Vous avez prévu
de réaliser quatre volumes… Vous vous y consacrez à plein temps ou
vous menez d’autres activités en parallèle ?
Pour Persepolis, je dois puiser très loin dans mes souvenirs,
et c’est parfois très pénible… Si je ne faisais que ça, je deviendrais
folle ! J’ai besoin de varier et de faire autre chose pour mener ce
projet à bien. Je travaille à des contes pour les enfants de cinq
à sept ans, soit comme illustrateur, soit comme auteur.
Comment vos
proches ont-ils accueilli votre livre ?
Mes parents, qui vivent toujours à Téhéran, étaient très heureux.
Et très fiers… Ma mère m’a dit : « Heureusement que tu
as fait ce livre. Si tu avais attendu trente ans, l’histoire aurait
déjà été écrite et falsifiée. Tous les gens qui sont morts ne le sont
pas pour rien : on entend parler d’eux. »
Vous avez souhaité
délivrer un message particulier ?
Avec Persepolis, j’ai voulu dire aux lecteurs : « Nous
sommes des gens comme vous ! Ne croyez pas que ces événements ne se
produisent que dans les pays lointains. » Je pense que les
gens qui lisent ce livre s’y identifient, et cela me touche beaucoup.
Etes-vous optimiste
pour l’avenir de l’Iran ?
L’année dernière, j’ai passé un mois à Téhéran où je n’étais pas retournée
depuis sept ans. J’ai trouvé que les choses avaient beaucoup changé.
Et puis, quand on regarde l’Histoire, on constate que l’Iran a survécu
à toutes les invasions et a toujours conservé son identité…
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