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Philip Pullman est un auteur anglais comblé : sa trilogie, dont le dernier volume Le Miroir d'ambre vient de sortir en France, remporte un succès immense aussi bien auprès des jeunes lecteurs que des adultes. Dans cette formidable saga, deux jeunes enfants affrontent mille dangers, rencontrent d'invraisemblables personnages tels qu'un ours guerrier, des petits chevaliers chevauchant des libellules, des sorcières, des anges, et changeront la face du monde, enfin des mondes… Comme dans tout bon roman d'aventure, on vibre avec les héros. Mais « La Croisée des mondes » soulève également des interrogations d'ordre philosophique ou religieux, rarement évoquées en littérature jeunesse.

Fnac.net : Avec la trilogie « A la Croisée des mondes » vous considérez-vous pleinement comme un auteur de littérature jeunesse ?
Philip Pullman : Je n'écris pas des livres destinés seulement aux enfants. Ils peuvent être lus par tous, enfants comme adultes. J'évoque simplement souvent le même thème : quitter le monde de l'enfance pour entrer dans celui, étrange, des adultes et, ainsi, se diriger lentement vers la sagesse. C'est pour cette raison que je choisis comme héros des personnages jeunes. Les thèmes abordés dans cette trilogie sont plutôt compliqués. Certains jeunes lecteurs peuvent ne pas comprendre totalement mon livre. Mais les personnages principaux, Lyra et Will, ne comprennent pas non plus tout ce qui se passe. Alors les lecteurs et les personnages découvrent ensemble, petit à petit, au fil des pages.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Absolument pas. Lorsque j'ai commencé l'histoire il y a maintenant sept ans, je pensais qu'il n'y aurait que mille personnes qui la liraient. C'est étonnant de la voir traduite aujourd'hui en vingt-deux langues. Ceci m'a prouvé qu'il ne fallait pas sous-estimer l'intelligence des jeunes lecteurs tout comme celles des adultes. De nombreuses personnes se posent de grandes questions sur la vie et sont préparées à y réfléchir lorsqu'elles lisent une histoire qui traite de ces thèmes.

On vous qualifie de romancier qui invente des « histoires magnifiques », mais on parle peu de votre style.
A mes yeux, l'histoire est essentielle. Si mon style littéraire devient pour mes lecteurs l'élément primordial, alors j'aurai raté mon livre. Tout comme pour un film, ce qui est intéressant ce sont les personnages, l'histoire, et non la manière dont on tient la caméra, ou celle dont on écrit. Il ne faut pas que le lecteur soit à ce point intéressé par la technique qu'il en oublie l'histoire.

Dans Le Miroir d'ambre, le troisième et dernier volume de la trilogie, vous apportez une vision particulière d'Eve et du péché originel.
Toutes les religions (catholique, protestante, juive…) ont parlé du péché originel (lorsque Eve a croqué la pomme au paradis et a acquis la connaissance) en le considérant comme une chose terrible, une grande chute. Or je pense, au contraire, que ce péché était une bonne chose. C'était le premier pas vers la sagesse, vers la connaissance. Car l'innocence ne peut être sage et la sagesse ne peut être innocente. Il faut perdre son innocence pour devenir complètement adulte, complètement humain. Et c'est là que les Eglises ont tort. Si le péché originel n'avait pas eu lieu, nous serions certes restés dans le paradis terrestre mais avec la conscience d'un petit animal. Il était nécessaire de perdre cette innocence.

Dans cette trilogie, vous êtes très critique envers la religion et notamment envers les Eglises.
Les fondateurs des religions – Jésus-Christ ou Bouddha par exemple – avaient une conception de Dieu tournée vers l'amour. Or, et l'histoire de l'humanité le prouve, dès que vous avez des organisations religieuses, des Eglises, des hiérarchies, cela devient politique, une question de pouvoir sur les autres. Très vite on en arrive à tuer tous ceux qui pensent différemment. C'est pour ces raisons que je critique l'Eglise.

Votre grand-père, qui vous a élevé, était un homme d'Eglise. Comment aurait-il réagi en vous lisant ?
Il aurait prié pour moi. (Rires.) C'était un homme très généreux, très compréhensif. Protestant né en 1892, il était imprégné par l'époque victorienne. Il croyait absolument à l'existence de Dieu, mais aussi à la nécessité d'aimer son prochain. Il pensait que l'amour est essentiel dans les relations entre humains. S'il pouvait lire mes livres, j'espère qu'il s'apercevrait que ceux-ci célèbrent les qualités de tolérance, de courage, d'amour, d'amitié, de liberté, égalité, fraternité et, au contraire, critiquent la cruauté, l'intolérance, la rigidité morale. Il constaterait alors que nous sommes du même
côté.

Propos recueillis par Christelle Loigerot le 18 mars 2001.

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Philip Pullman

Un auteur béni des dieux…
  
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