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Le héros de La Grande à bouche molle s’appelle Philippe Jaenada, comme l’auteur du roman. C’est un médiocre qui va devoir se surpasser pour (espérer) réussir sa mission : venir à bout d’un trafic international de cerveaux et sauver Fabienne, un véritable poison. Mais pour un personnage de sa trempe, que peut bien vouloir dire « réussir » ?

Fnac.Net : Pourquoi avoir donné votre nom au personnage principal ?
Mes deux premiers romans étaient basés sur des faits et des aventures réels. Les protagonistes avaient des noms bien à eux. Les gens ont vraiment cru à des autobiographies pures. Dans ce texte, je fais un petit clin d’œil. Le personnage, hormis son travail de détective, c’est entièrement moi, au niveau psychologique du moins ! Pour le coup, c’est une sorte d’autobiographie. C’est comme si je créais un double virtuel et que je le lançais dans le monde du crime pour voir comment il réagit. Quand on écrit, on découvre soi-même comment on aurait réagi dans telle ou telle situation. C’est une métaphore pour dire : les livres, ce n’est pas seulement raconter ce qu’on a vécu, mais aussi partager ce qu’on aurait pu vivre.

Votre personnage a la manie de faire des citations dont il ne connaît jamais l’auteur. Quant à vous, vous avez la manie des doubles parenthèses. Pourquoi ?
J’ai toujours écrit comme ça. C’est simplement un reflet de ma manière de voir les choses, de penser, de vivre. Le côté linéaire m’ennuie, dans l’écriture comme dans l’histoire. C’est pour ça que, dans l’intrigue, il y a aussi beaucoup de digressions qui sont comme autant de parenthèses. Et puis, ce sont les critiques qui le disent, avec les parenthèses on a l’impression d’entrer dans l’intimité du héros. Le personnage, quant à lui, essaie pendant tout le livre de se fixer des limites. C’est quelqu’un qui, comme la plupart d’entre nous, n’a aucune certitude, qui erre. Il cherche des axiomes pour se débrouiller dans la vie. Des fiches pratiques en quelque sorte. C’est pour ça qu’il n’arrête pas de citer ces phrases, qui sont d’une banalité consternante !

L’histoire est un prétexte, on n’a pas la fin…
C’est exactement ça. Je ne voulais pas écrire une énigme qui soit résolue. Quand Philippe suit Fabienne, il n’y a pas de raisons objectives à sa course. Je voulais que ce soit une quête sans raison, dans le vide. Ce qui m’intéresse, c’est de parler de la vie, des sensations, des sentiments.

La philosophie du roman pourrait être : ce n’est pas parce qu’on s’évertue à comprendre les choses que tout s’explique.
Ça me touche. C’est ce que je voulais qu’on ressente. C’est également ce que ressent le personnage. À la fin, il n’est pas effondré de n’avoir rien trouvé. L’intérêt, c’est le voyage, pas le but du voyage. Et la vie, c’est ça.

Le héros est allé bien au-delà de lui-même. Pourtant, il arrive trop tard.
Il n’aurait pas su quoi faire d’une telle réussite. Il s’est surpassé, a traversé l’Atlantique, s’est confronté à des fous furieux. Il a grandi au fond de lui, mais il revient à sa véritable place.

VENDREDI 16 MARS
SAMEDI 17 MARS
DIMANCHE 18 MARS
LUNDI 19 MARS
MARDI 20 MARS
MERCREDI 21 MARS


Philippe Jaenada
Attention Talent janvier 2001

La Grande à bouche molle
  
© DR

 
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