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Yann
Arthus-Bertrand : « Mon travail participe à une prise de
conscience universelle. »
Fnac.net
: Avez-vous été surpris par le succès de l’expo « La Terre vue
du ciel » au jardin du Luxembourg ?
Non, puisque avant cet accrochage, l’expo avait attiré 220 000 visiteurs
en un mois et demi au musée du Sénat. Au départ du projet, il y a
deux ans, beaucoup de musées m’avaient dit non. C’est la Mission 2000
qui m’a envoyé vers les sénateurs. Malgré leur image ringarde, ils
ont tout de suite saisi que c’était un projet populaire.
Qu’est-ce
qu’une bonne photo ?
Au départ, la photo m’a servi quand j’ai fait une thèse sur les lions,
au Kenya ; c’était le sujet de mon premier livre en 1983. Déjà, je
voulais expliquer par la photo. Cette fois, on a voulu expliquer et
raconter la Terre.
Si
vous deviez ne choisir qu’une seule photo, serait-ce celle d’un lieu
menacé de disparition ?
Sans doute les grandes réserves africaines, où les animaux sont libres
pour le moment, mais où les gens doivent se nourrir : ils vont
les mettre dans des enclos, sur des milliers d’hectares, pour les
protéger et pour développer le tourisme.
Pensez-vous
que votre travail incite le public à une prise de conscience sur l’environnement ?
Je me sens concerné par la Terre, nous allons tous devoir faire attention
à nous et à notre planète. Mon travail participe à la prise de conscience
universelle : je crois que la révolution viendra de la base, pas des
politiques. Je me sens photographe, journaliste et témoin. J’informe,
aidé par des scientifiques, j’envoie un message en restant simple
et authentique, ce sont les deux qualités que je préfère en photographie.
Oscar
Wilde disait que l’art dépasse la nature, êtes-vous d’accord avec
lui ?
C’est faux, rien ne peut dépasser la nature, on n’invente rien. L’artiste
copie ce qu’il a autour de lui, même Michel-Ange reproduit. Quand
on me dit que mes photos sont des tableaux, je dis aux gens qu’ils
ne savent pas regarder.
Croyez-vous
que le rachat des agences de presse par des grands groupes puisse
nuire au reportage ou limiter les sujets par recherche de rentabilité
immédiate ?
Non, les grands groupes sont une chance pour la photographie, les
agences étaient souvent dans des situations difficiles. Je ne veux
pas critiquer, mais certains photographes n’ont pas su évoluer, réfléchir
sur leur métier. Je sais que j’ai eu de la chance : Corbis, qui appartient
à Bill Gates, me soutient depuis 5 ans. Et pour l’instant, ils perdent
toujours des millions.
Interview publiée par fnac.net le 31/10/2000
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