Interview Biographie Bibliographie

Yvan Alagbé mêle l’autobiographie à la fiction pour raconter des histoires qui nous renvoient le reflet des interrogations politiques d’aujourd’hui. Entretien.

Fnac.Net : Comment est né Nègres jaunes ?
Yvan Alagbé : La première version du livre date de 1995. A l’époque, le mouvement des sans-papiers était sur le devant de l’actualité et devenait un sujet politique. J’ai voulu l’aborder en évitant une approche manichéenne. Le livre parle de tous ceux qui sont marginalisés : plutôt que de se serrer les coudes, ils se mangent les uns les autres... Chacun reproduit l’oppression dont il est victime sur plus faible que lui.

Le personnage principal, Mario, est finalement celui qui souffre le plus…
C’est lui qui connaît les plus grandes difficultés. Avant, quand il était un policier harki, il était le relais de l’ordre de l’État français. Dans le récit, il est devenu moins que rien. Il se retrouve lancé dans une espèce de course à la misère…

L’histoire relate des expériences que vous avez réellement connues ?
Nègres jaunes fait en effet écho à des situations que j’ai vécues. Mais l’histoire ne se veut pas autobiographique. Je ne cherche pas une caution de ce côté-là...

Vous traitez de thèmes très politiques, comme la répression de la manifestation des Algériens à Paris, en octobre 1961…
J’aborde des sujets politiques et historiques parce qu’ils m’intéressent. Mais ce n’est pas non plus un fonds de commerce… Ce qui me concerne le plus, c’est ce qui se passe aujourd’hui.

Pensez-vous que la bande dessinée possède la capacité de changer le cours des choses ?
Je ne passe pas mon temps à me dire : « personne ne va parler de ce que je fais ». Je trouve que l’on se plaint beaucoup dans la bande dessinée… Je m’efforce simplement de travailler et d’avancer. Et ce qui doit venir arrivera bien un jour…

Quelle est votre principale influence ?
Je suis très marqué par Pasolini. Pour moi, il est plus écrivain que cinéaste. Ses écrits m’intéressent autant que ses films.

Vous avez fondé la structure d’édition Amok avec Olivier Marboeuf. Quels étaient vos modèles ?
Au départ, nous n’avions pas prévu de faire de la bande dessinée. Notre volonté était d’éditer de la littérature graphique : ce qui nous intéresse, c’est la narration par le texte et par l’image. Nous nous comparons plutôt à un éditeur de littérature ou de poésie. Je ne vois pas pourquoi je devrais me référer à la seule bande dessinée. Je ne fais pas Astérix, mais ce n’est pas pour ça que je dois me situer pour ou contre la BD...

VENDREDI 16 MARS
SAMEDI 17 MARS
DIMANCHE 18 MARS
LUNDI 19 MARS
MARDI 20 MARS
MERCREDI 21 MARS


Yvan Alagbé
Attention Talent décembre 2000

Nègres jaunes
  
© DR

 
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