 |
Robert Solé
Mazag
Seuil
Découvrir
le livre
Interview
Robert
Solé : « Très tôt, j'ai été
amoureux de la France à distance. »
Dans Mazag, son quatrième roman, Robert Solé raconte
l'histoire de Basile Batrakani, un homme venu d'Égypte qui
tisse peu à peu, dans le Paris des années cinquante
et soixante, un étonnant réseau d'influence.
Fnac.net : On a l'impression que ce roman est autobiographique
: le narrateur, neveu de Basile, a votre âge et est arrivé
comme vous à Paris au début des années soixante.
Robert Solé : J'ai sans doute un peu joué de
ma propre biographie dans ce livre, mais le personnage de Basile
est vraiment une uvre d'imagination. Certes, j'ai pu m'inspirer
de personnes ayant réellement existé, mais pas d'un
homme en particulier. En tout cas, c'était un projet qui
trottait depuis longtemps dans ma tête. J'étais fasciné
par le fait qu'un immigrant débarqué à Paris
sans aucune relation, se retrouve dix ans plus tard un homme très
puissant et très sollicité. Et cela, simplement parce
qu'il a le goût des autres, le sens des contacts et qu'il
possède cette faculté naturelle d'être un intermédiaire
subtil. Sa puissance repose sur sa capacité à rendre
service à tout le monde, sans commission ni argent. Basile
prend aux uns pour donner aux autres et c'est toute sa force. On
dit souvent « qu'on ne peut donner que ce qu'on
a ». Or Basile, lui, peut donner beaucoup plus.
La nature de Basile n'est-elle pas plus orientale qu'occidentale
?
Basile a certainement hérité d'une certaine souplesse
qu'on trouve moins ici. Surtout il appartient à une minorité,
les chrétiens du Proche-Orient, qui se retrouvaient hommes
de l'ombre ou intermédiaires par nécessité.
Mais ses origines égyptiennes n'expliquent pas tout. Son
histoire commence banalement avec un petit service qu'il rend par
hasard, et qui va lui en attirer un autre, et ainsi de suite. L'enchaînement
est très plausible. Le fait d'être oriental lui a peut-être
facilité les choses, mais sans plus.
Basile est donc un intermédiaire. Ou, comme vous l'écrivez,
« un interprète entre des personnes qui parlent
pourtant la même langue ». On pense bien sûr
à votre propre métier, qui est d'être médiateur
au journal Le Monde.
Au Monde, mon rôle est d'entretenir le lien entre le lectorat
et la rédaction. Dans mon roman, pas une fois je n'ai employé
le mot " médiateur " : c'est bien sûr à
dessein ! Mais, forcément, le parallèle était
inévitable. Sauf que Basile agit dans l'ombre sans être
payé et que moi je travaille, publiquement, au sein d'une
institution et que je suis payé pour ça.
Vous faites dire à Basile : « Ma patrie,
c'est la langue française. Je ne sais pas si je pourrais
mourir pour elle, mais je suis patriote ».
Ça, c'est quelque chose de très personnel. J'ai été
élevé au Caire dans un milieu francophone et francophile.
Très tôt, j'ai été amoureux de la France
à distance, alors que je n'ai pourtant aucune goutte de sang
français dans les veines. Mais il y a la loi du sang et la
loi du cur. Moi, je suis un Français de cur.
Votre
roman a été sélectionné sur la liste
du Goncourt des lycéens.
C'est
la deuxième fois que ça m'arrive, puisque mon précédent
roman, La Mamelouka, l'avait été également,
et j'en suis très heureux. J'attache beaucoup d'importance
à ce prix décerné par un jury nombreux, indépendant
et très jeune. Et les rencontres avec les lycéens
sont très stimulantes. Ils épluchent votre livre un
crayon à la main et vous posent après mille questions,
parfois inattendues. C'est très sympathique.
|
|